Les Griffes du Vigan

Les griffes du quaiAussi désigné par le terme «griffoul», leur nom signifie fontaine en occitan. L’eau qu’ils distribuent sur les deux places publiques est aussi la matérialisation de l’indépendance hydraulique de la ville du Vigan depuis que Pierre de Combret, seigneur justicier d’Avèze, a octroyé la source d’Isis aux moines bénédictins, autrefois seigneurs de la petite cité…

Établi sur la place du marché, le plus ancien griffe est mentionné dès le XIIe siècle. Il alimente alors une population nombreuse, qui s’entasse dans les hautes constructions qui bordent d’étroites rues protégées par les remparts. Il complète quelques puits rares et incommodes. L’eau est acheminée depuis la Source d’Isis par un petit aqueduc traversant la partie haute de l’agglomération (actuelle rue Haute). En 1600, le bassin est agrandi et une pyramide en pierre de taille provenant de la carrière de Molières vient le coiffer.

Durant des siècles, le griffolier (dont la charge est acquise par voie d’enchères) veille sur les fontaines de la ville. La municipalité lui fournit le matériel nécessaire pour les réparations et en contrepartie, il doit entretenir les canons (canaux en terre cuite) et les oules (conduites).
 
En 1699, les consuls du Vigan font appel à Antoine Arman, architecte de Montpellier, afi n d’aménager l’espace vide qui bordait les anciens remparts démolis en 1629. Dans ce projet, outre un réservoir d’alimentation, deux autres griffes sont commandés et fermeront chacun une extrémité de ce qui devient la promenade du Quai. De fait, leur édification créée deux places : celle de l’Église et celle du Jeu de Ballon.
En 1768, des réparations doivent être faites au griffe du Jeu de Ballon dont le bassin est fi ssuré par les racines puissantes d’un ormeau poussant à proximité. Ce dernier est coupé et le griffe réparé. Avec le temps, par extension, les autres fontaines de la ville sont également désignées comme «griffes»…
Durant les Cents Jours, pour célébrer le retour au pouvoir de Napoléon, des aigles en fer forgé sont installés au sommet des trois griffes. La foule les renverse lorsqu’elle apprend la nouvelle de la seconde abdication de l’empereur et du retour du roi Louis XVIII (3 juillet 1815).
Au XIXe siècle, si l’aqueduc et les canalisations traditionnels se maintiennent, ils sont de plus en plus fragiles et rendent parfois le débit des griffes capricieux. A la fi n du Second Empire (1867), une canalisation en ciment est installée et va rester en service jusqu’en 1927. Dans les années 1930, la municipalité décide de remplacer ladite canalisation par des conduites en fonte. Ornements incontournables et emblèmes de la Place du Marché et de la Promenade du Quai, les griffes confèrent un aspect bien languedocien à la ville du Vigan et dans nos pays de soleil, l’eau qui coule des fontaines, comme à discrétion, est ressentie chez les Viganais comme le signe rassurant et presque fraternel de la vie des êtres et des lieux.
Académie des Hauts Cantons ©Tous droits réservés